Pauvreté, corruption et inflation à deux chiffres ont été l’étincelle qui a enflammé Haïti durant le mois de février. De violentes manifestations ont contraint les ONG à rejoindre Port-au-Prince et à évacuer une partie de leurs personnels dans la hâte.

Quelles sont les origines des violences qui ont conduit Geodesk à intervenir pour extraire trois bénévoles ?

La colère haïtienne

L’explosion de colère des Haïtiens ne date pas d’hier. Ces dernières années ont été ponctuées par la mobilisation du peuple dans tout le pays.

Haïti est le pays le plus pauvre du continent nord américain et l’un des plus inégalitaire, il existe une grande disparité qui se traduit par un chiffre alarmant : 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Extrêmement vulnérable aux catastrophes climatiques (séismes, ouragans, épidémie de choléra… etc), le pays n’arrive pas à se remettre sur pieds et il est quasiment dépendant des importations étrangères.

En plus de cette pauvreté chronique, Haïti est gangrené par des scandales de corruption qui exacerbent la colère des habitants. Cette corruption s’est ancrée au fil des différents gouvernements successifs.

Les émeutes de juillet 2018 provoquées par l’annonce d’une hausse des prix des carburants ont entraîné la démission de l’ancien premier ministre J.G. Lafontant et de son gouvernement.

En octobre 2018, des manifestations anti-corruption ont rassemblé des milliers de personnes et la démission du président Jovenel Moïse a été exigée.

Fin janvier 2019, un audit de la cour des comptes a mis en avant une gestion calamiteuse des fonds prêtés par le Venezuela pour le redéveloppement du pays.  Le scandale du Pétrocaribe explose, une quinzaines d’anciens ministres et hauts fonctionnaires auraient détourné 3,8 milliards US$, et les entreprises chargées de la reconstruction du pays auraient empoché les contrats sans réaliser le moindre chantier. Deux entreprises de la liste appartiendraient au président actuel Jovenel Moïse…

Depuis le 7 février, date anniversaire de l’investiture du président Moïse, de violentes manifestations paralysent l’économie du pays. Les troubles ponctuent le mois de février.

 

Vendredi 15 février, alors que de nombreuses ONG s’affairent pour renvoyer leurs personnels non essentiels, la situation devient critique pour de nombreux humanitaires et plus spécialement pour ceux qui ne sont pas dans la capitale.

L’évacuation politique d’ONG avec Geodesk

Vendredi 15 février à 22H30, un mail est réceptionné chez Geodesk. Le genre de mail où l’on sait instantanément qu’il y a un souci.

Une de nos ONG m’indique que trois de leurs bénévoles sont coincés à Grand Goave dans un hôtel. Sans plus d’informations et avec les affrontements urbains causant déjà plusieurs victimes, le réflexe est de s’assurer de la sécurité des bénévoles sur le terrain.

Précisions, détails et surtout savoir quelles sont les démarches entreprises par l’ONG jusqu’ici.

Le problème quand je reçois ce genre de mail, c’est la distorsion, la distorsion entre le mail et la réalité…

Qui a été contacté ?

Où sont précisément tous les bénévoles ?

Quelle est la situation dans la rue ?

 

Les échanges se poursuivent et j’apprends que la plupart des ONG à Haïti se trouvent à Port-au-Prince. Ces trois bénévoles sont donc isolés.

Mais les difficultés s’enchaînent ; c’est la nuit, c’est le week-end et… la liaison téléphonique est difficile.

 

Je sais alors que pour les extraire, il faudra rejoindre Port-au-Prince. Mais l’ambassade française déconseille fermement d’essayer de rejoindre la capitale par voies terrestres au vu de la dégradation du contexte sécuritaire du pays.

Il y a donc quarante-cinq kilomètres à parcourir, quarante-cinq kilomètres à parcourir de nuit dans une situation insurrectionnelle.

 

La nuit est déjà avancée quand un nouveau mail arrive :

« Notre équipe évalue la faisabilité d’un repli routier vers Port au Prince… cela sauf contre-ordre de votre part. »

 

À l’instant, je ne peux que déconseiller le repli routier de nuit sans les mesures de sécurité appropriées.

 

Samedi 16 au matin, les communications téléphoniques sont enfin rétablies.

Je m’assure de la sécurité des personnes sur le terrain tout en organisant leur rapatriement…

Une autre ONG me donne la nouvelle ! Il y a une accalmie.

 

C’est le signal que nous attendions. Le feu vert est donné dans l’instant, les trois bénévoles s’apprêtent à rejoindre Port-au-Prince.

 

Je n’aurais des nouvelles de l’équipe qu’en fin d’après-midi. Ils sont en sécurité et leur retour en France est prévu pour lundi.

 

Enfin lundi 18, le retour au calme arrive progressivement sur Haïti et je m’assure que tout le monde est arrivé à bon port.

Le conseil Geodesk

Depuis, Haïti voit un retour à normal, cependant nous vous conseillons de vérifier les informations de sécurité. Vous pouvez consulter le site diplomatie.gouv.fr ou celui de votre assureur. Vous devez toujours garder sur vous le numéro d’urgence sécuritaire, de vos contacts sur place, de l’ambassade ou du consulat. Ne restez pas isolé, ne sortez pas sans accompagnement et bien sûr contactez toujours un professionnel pour vous conseiller.

Retrouvez les informations données par le gouvernement (sécurité): https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/conseils-aux-voyageurs/conseils-par-pays-destination/haiti/

Image prise par Jeanty Junior Augustin